This review may contain spoilers
Une histoire qui dénonce par la satisfaction
Teach You a Lesson est un drama que j’avais très envie de regarder depuis un moment. Comme il mêle plusieurs thématiques dont je raffole, à savoir les injustices, le harcèlement scolaire, la corruption, la violence et surtout la vengeance, j’étais presque obligée de le regarder. Et quand je me suis enfin lancée, je ne m’attendais pas à ce que ce soit aussi incroyable.
Dès le premier épisode, on attaque avec un cas de harcèlement scolaire particulièrement violent qui débouche sur un suicide, une école corrompue jusqu’à la moelle et une sorte de milicien certifié qui débarque pour remettre de l’ordre en distribuant quelques valseuses aux mauvais éléments. On ne fait pas mieux en matière d’entrée en scène. En grande amatrice de récits où les victimes obtiennent enfin justice et où les bourreaux reçoivent la monnaie de leur pièce, cette série était littéralement faite pour moi.
Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est que Teach You a Lesson aborde le harcèlement et les violences scolaires sans chercher à les enjoliver. Le drama semble se dérouler dans une Corée où l’autorité des enseignants s’est complètement effondrée et où certaines failles institutionnelles ont laissé élèves, professeurs et parfois même parents totalement démunis. C’est dans ce contexte qu’intervient le BDDE, un comité disposant d’une autorité exceptionnelle pour rétablir l’ordre dans les établissements les plus problématiques. Et à sa tête, nous avons Na Hwa-jin, qui ne prend absolument aucun gant. Il faut dire que notre cher inspecteur était autrefois capitaine des forces spéciales, alors le petit caïd de lycée qui se prend pour un gangster, c’est presque une promenade de santé. Hwa-jin a trop de flow. Il est capable de mater une trentaine d’élèves, de lâcher des dobermans sur de jeunes criminels, de séquestrer un parent pour lui imposer le même rythme de vie qu’à son enfant et même de se pointer chez un homme politique et de le menacer sans sourciller. Sa pédagogie repose beaucoup sur la loi du Talion : si les mots ne suffisent plus, il vous fera expérimenter personnellement les conséquences de vos actes. Et je ne vais pas mentir, il n’y a rien de plus jouissif que de voir un adulte disposant enfin de l’autorité nécessaire rendre œil pour œil, dent pour dent à des bourreaux persuadés d’être intouchables.
Pourtant, réduire Na Hwa-jin à un justicier qui distribue des baffes serait une immense erreur. Derrière son visage fermé et ses méthodes moralement plus que discutables se cache un homme profondément empathique, particulièrement sensible à la souffrance des victimes et de leurs proches. Il ne répond d’ailleurs pas systématiquement à la violence par la violence : il observe, tente de comprendre et adapte toujours sa « leçon » à la personne qu’il a en face. C’est un personnage qui m’a énormément touchée par sa droiture, sa morale et cette volonté presque viscérale de protéger ceux que les institutions ont abandonnés. Et lorsque son passé nous est enfin dévoilé, tout prend une autre dimension. Sa femme, enseignante, a été assassinée par l’un de ses élèves, Cho Gyu-cheol. Une perte qui l’a détruit et lui a laissé une soif de vengeance qu’il contient difficilement. J’avais justement peur, au début, que le drama ne développe jamais le passé de son protagoniste et se contente d’en faire un homme badass mystérieux. Autant dire que mes craintes ont été pulvérisées. Hwa-jin porte sa femme dans chacune de ses interventions. Ses paroles, sa conception de l’éducation et sa volonté de protéger les victimes sont devenues une partie de lui. Mais il porte également sa mort comme une plaie qui n’a jamais cicatrisé.
Par ailleurs, ledrama évite intelligemment de détailler une seule problématique et dresse plutôt un vaste portrait des dérives liées au milieu éducatif. Harcèlement, gangs recrutant des lycéens, cyberharcèlement, fausses accusations détruisant la vie des enseignants, parents abusifs, impunité de certains mineurs, jeux d’argent ou encore pression scolaire poussée jusqu’à la maltraitance : la série ratisse extrêmement large sans perdre son fil conducteur. J’ai notamment été particulièrement marquée par cette mère qui impose à son fils de travailler de quatre heures du matin à minuit, lui fait manger pendant ses révisions pour ne pas perdre de temps et lui administre des stimulants malgré les dommages irréversibles causés à son cerveau. Le plus tragique reste que ce pauvre garçon, totalement conditionné, ne fait qu’obéir parce qu’il veut rendre sa mère fière. C’est là que le drama fonctionne particulièrement bien : derrière le côté grisant de la vengeance et les méthodes parfois complètement lunaires du BDDE se cache une véritable myriade de scènes émotionnelles qui prennent aux tripes.
Mais le véritable fil rouge reste évidemment l’affaire des pilules et Cho Gyu-cheol. Peu à peu, Hwa-jin découvre que des substances saisies dans différents établissements ressemblent étrangement à celles que sa femme avait consignées dans son carnet avant sa mort. Celui qu’on nous avait présenté comme un adolescent amoureux ayant tué son enseignante n’a en réalité jamais agi sous le coup d’une pulsion. Il avait prémédité son assassinat parce qu’elle risquait de révéler son trafic, calculé la peine qu’il encourrait en tant que mineur et utilisé son enfance difficile ainsi qu’une fausse obsession amoureuse pour obtenir des circonstances atténuantes. Deux années de prison n’étaient, pour lui, qu’un coût acceptable avant de reprendre ses activités. Un véritable Moriarty en culotte courte qui, une fois libéré, parvient en quelques jours à relancer son trafic à l’échelle nationale et à monter un plan particulièrement retors pour provoquer la dissolution du BDDE. Face à lui, Hwa-jin se révèle finalement bien plus Sherlock Holmes que simple machine à distribuer des valseuses. Il va jusqu’à frapper volontairement le meurtrier de sa femme et sacrifier la réputation du BDDE pour lui donner l’illusion d’avoir gagné, le laisser reprendre son trafic en toute confiance et ainsi récolter les preuves nécessaires pour le faire tomber.
Cette confrontation permet surtout de conclure magnifiquement l’arc personnel de Hwa-jin. Lors de leur dernier combat, grièvement blessé, il finit par prendre l’ascendant sur Cho Gyu-cheol. Celui-ci le provoque une dernière fois et l’incite à le tuer. Et Hwa-jin est prêt à le faire. Pourtant, au dernier moment, le souvenir de sa femme arrête son geste. J’ai trouvé cette scène particulièrement belle, car ce n’est pas simplement sa compassion ou sa morale qui le retiennent : c’est elle. La femme dont il a porté la mort pendant toutes ces années devient finalement celle qui l’empêche de se perdre définitivement. Tuer Gyu-cheol aurait été lui obéir une dernière fois et lui permettre de transformer le mari de sa victime en meurtrier. En renonçant, Hwa-jin semble enfin faire la paix avec lui-même sans pour autant oublier sa femme. Et j’ai également beaucoup aimé la relation qu’il entretient avec son beau-père, le ministre à l’origine du BDDE. Ces deux hommes ne pouvaient pas se supporter avant son mariage, mais le deuil les a profondément rapprochés. Le père a perdu sa fille, Hwa-jin sa femme, et ils sont progressivement devenus la famille qu’il leur restait. Le ministre avait autrefois empêché son gendre de tuer Gyu-cheol ; des années plus tard, lorsqu’il voit Hwa-jin revenir à moitié mort après leur affrontement, c’est à son tour de perdre tout contrôle et de vouloir faire la peau au meurtrier. Une relation discrète, mais qui m’a énormément touchée.
Enfin, impossible de ne pas avoir un petit mot pour Im Han-rim et Bong Geun-dae, les deux subordonnés de Hwa-jin. D’un côté, une ancienne des forces spéciales légèrement psychopathe, autrefois victime de harcèlement et recueillie par Hwa-jin, à qui il faut rappeler qu’ici, on ne tue personne et que, si l’envie lui prend, elle doit écrire trois fois « patience » dans sa main. De l’autre, un petit geek timide et effacé, maître de l’infiltration, capable de se rendre extrêmement utile auprès des lycéens comme de l’équipe… mais aussi de devenir accro aux jeux d’argent et de s’endetter de vingt millions de wons en une nuit parce qu’il pensait pouvoir battre les probabilités. Leur petite romance improbable, née après un kidnapping et une faute professionnelle impliquant une fringale, apporte une touche d’humour bienvenue. En particulier lors de l’épilogue, lorsqu’ils essayent eux-mêmes de donner une leçon au nouveau lycée où ils vont faire la loi. Ils essayent de jouer au dur, mais c’est leur patron qui leur sauver la mise face à des lycéens.
En bref, Teach You a Lesson est un drama qui m’a captivée du début à la fin. J’ai regardé les dix épisodes quasiment d’une traite tant la série réussit à mêler émotion, action, humour et critique sociale sans perdre son efficacité. Les différentes affaires permettent d’aborder de nombreuses problématiques liées au milieu scolaire et aux failles institutionnelles, tandis que le fil rouge autour du trafic de drogue apporte une véritable continuité à l’ensemble. J’ai particulièrement aimé Na Hwa-jin, aussi impressionnant dans l’action que touchant par sa droiture, son empathie et la douleur qu’il porte. Une série badass, jouissive et profondément humaine qui réussit à être beaucoup plus riche que son simple concept de justicier distribuant des baffes. Bref, une Masterclass comme on en fait rarement.
Dès le premier épisode, on attaque avec un cas de harcèlement scolaire particulièrement violent qui débouche sur un suicide, une école corrompue jusqu’à la moelle et une sorte de milicien certifié qui débarque pour remettre de l’ordre en distribuant quelques valseuses aux mauvais éléments. On ne fait pas mieux en matière d’entrée en scène. En grande amatrice de récits où les victimes obtiennent enfin justice et où les bourreaux reçoivent la monnaie de leur pièce, cette série était littéralement faite pour moi.
Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est que Teach You a Lesson aborde le harcèlement et les violences scolaires sans chercher à les enjoliver. Le drama semble se dérouler dans une Corée où l’autorité des enseignants s’est complètement effondrée et où certaines failles institutionnelles ont laissé élèves, professeurs et parfois même parents totalement démunis. C’est dans ce contexte qu’intervient le BDDE, un comité disposant d’une autorité exceptionnelle pour rétablir l’ordre dans les établissements les plus problématiques. Et à sa tête, nous avons Na Hwa-jin, qui ne prend absolument aucun gant. Il faut dire que notre cher inspecteur était autrefois capitaine des forces spéciales, alors le petit caïd de lycée qui se prend pour un gangster, c’est presque une promenade de santé. Hwa-jin a trop de flow. Il est capable de mater une trentaine d’élèves, de lâcher des dobermans sur de jeunes criminels, de séquestrer un parent pour lui imposer le même rythme de vie qu’à son enfant et même de se pointer chez un homme politique et de le menacer sans sourciller. Sa pédagogie repose beaucoup sur la loi du Talion : si les mots ne suffisent plus, il vous fera expérimenter personnellement les conséquences de vos actes. Et je ne vais pas mentir, il n’y a rien de plus jouissif que de voir un adulte disposant enfin de l’autorité nécessaire rendre œil pour œil, dent pour dent à des bourreaux persuadés d’être intouchables.
Pourtant, réduire Na Hwa-jin à un justicier qui distribue des baffes serait une immense erreur. Derrière son visage fermé et ses méthodes moralement plus que discutables se cache un homme profondément empathique, particulièrement sensible à la souffrance des victimes et de leurs proches. Il ne répond d’ailleurs pas systématiquement à la violence par la violence : il observe, tente de comprendre et adapte toujours sa « leçon » à la personne qu’il a en face. C’est un personnage qui m’a énormément touchée par sa droiture, sa morale et cette volonté presque viscérale de protéger ceux que les institutions ont abandonnés. Et lorsque son passé nous est enfin dévoilé, tout prend une autre dimension. Sa femme, enseignante, a été assassinée par l’un de ses élèves, Cho Gyu-cheol. Une perte qui l’a détruit et lui a laissé une soif de vengeance qu’il contient difficilement. J’avais justement peur, au début, que le drama ne développe jamais le passé de son protagoniste et se contente d’en faire un homme badass mystérieux. Autant dire que mes craintes ont été pulvérisées. Hwa-jin porte sa femme dans chacune de ses interventions. Ses paroles, sa conception de l’éducation et sa volonté de protéger les victimes sont devenues une partie de lui. Mais il porte également sa mort comme une plaie qui n’a jamais cicatrisé.
Par ailleurs, ledrama évite intelligemment de détailler une seule problématique et dresse plutôt un vaste portrait des dérives liées au milieu éducatif. Harcèlement, gangs recrutant des lycéens, cyberharcèlement, fausses accusations détruisant la vie des enseignants, parents abusifs, impunité de certains mineurs, jeux d’argent ou encore pression scolaire poussée jusqu’à la maltraitance : la série ratisse extrêmement large sans perdre son fil conducteur. J’ai notamment été particulièrement marquée par cette mère qui impose à son fils de travailler de quatre heures du matin à minuit, lui fait manger pendant ses révisions pour ne pas perdre de temps et lui administre des stimulants malgré les dommages irréversibles causés à son cerveau. Le plus tragique reste que ce pauvre garçon, totalement conditionné, ne fait qu’obéir parce qu’il veut rendre sa mère fière. C’est là que le drama fonctionne particulièrement bien : derrière le côté grisant de la vengeance et les méthodes parfois complètement lunaires du BDDE se cache une véritable myriade de scènes émotionnelles qui prennent aux tripes.
Mais le véritable fil rouge reste évidemment l’affaire des pilules et Cho Gyu-cheol. Peu à peu, Hwa-jin découvre que des substances saisies dans différents établissements ressemblent étrangement à celles que sa femme avait consignées dans son carnet avant sa mort. Celui qu’on nous avait présenté comme un adolescent amoureux ayant tué son enseignante n’a en réalité jamais agi sous le coup d’une pulsion. Il avait prémédité son assassinat parce qu’elle risquait de révéler son trafic, calculé la peine qu’il encourrait en tant que mineur et utilisé son enfance difficile ainsi qu’une fausse obsession amoureuse pour obtenir des circonstances atténuantes. Deux années de prison n’étaient, pour lui, qu’un coût acceptable avant de reprendre ses activités. Un véritable Moriarty en culotte courte qui, une fois libéré, parvient en quelques jours à relancer son trafic à l’échelle nationale et à monter un plan particulièrement retors pour provoquer la dissolution du BDDE. Face à lui, Hwa-jin se révèle finalement bien plus Sherlock Holmes que simple machine à distribuer des valseuses. Il va jusqu’à frapper volontairement le meurtrier de sa femme et sacrifier la réputation du BDDE pour lui donner l’illusion d’avoir gagné, le laisser reprendre son trafic en toute confiance et ainsi récolter les preuves nécessaires pour le faire tomber.
Cette confrontation permet surtout de conclure magnifiquement l’arc personnel de Hwa-jin. Lors de leur dernier combat, grièvement blessé, il finit par prendre l’ascendant sur Cho Gyu-cheol. Celui-ci le provoque une dernière fois et l’incite à le tuer. Et Hwa-jin est prêt à le faire. Pourtant, au dernier moment, le souvenir de sa femme arrête son geste. J’ai trouvé cette scène particulièrement belle, car ce n’est pas simplement sa compassion ou sa morale qui le retiennent : c’est elle. La femme dont il a porté la mort pendant toutes ces années devient finalement celle qui l’empêche de se perdre définitivement. Tuer Gyu-cheol aurait été lui obéir une dernière fois et lui permettre de transformer le mari de sa victime en meurtrier. En renonçant, Hwa-jin semble enfin faire la paix avec lui-même sans pour autant oublier sa femme. Et j’ai également beaucoup aimé la relation qu’il entretient avec son beau-père, le ministre à l’origine du BDDE. Ces deux hommes ne pouvaient pas se supporter avant son mariage, mais le deuil les a profondément rapprochés. Le père a perdu sa fille, Hwa-jin sa femme, et ils sont progressivement devenus la famille qu’il leur restait. Le ministre avait autrefois empêché son gendre de tuer Gyu-cheol ; des années plus tard, lorsqu’il voit Hwa-jin revenir à moitié mort après leur affrontement, c’est à son tour de perdre tout contrôle et de vouloir faire la peau au meurtrier. Une relation discrète, mais qui m’a énormément touchée.
Enfin, impossible de ne pas avoir un petit mot pour Im Han-rim et Bong Geun-dae, les deux subordonnés de Hwa-jin. D’un côté, une ancienne des forces spéciales légèrement psychopathe, autrefois victime de harcèlement et recueillie par Hwa-jin, à qui il faut rappeler qu’ici, on ne tue personne et que, si l’envie lui prend, elle doit écrire trois fois « patience » dans sa main. De l’autre, un petit geek timide et effacé, maître de l’infiltration, capable de se rendre extrêmement utile auprès des lycéens comme de l’équipe… mais aussi de devenir accro aux jeux d’argent et de s’endetter de vingt millions de wons en une nuit parce qu’il pensait pouvoir battre les probabilités. Leur petite romance improbable, née après un kidnapping et une faute professionnelle impliquant une fringale, apporte une touche d’humour bienvenue. En particulier lors de l’épilogue, lorsqu’ils essayent eux-mêmes de donner une leçon au nouveau lycée où ils vont faire la loi. Ils essayent de jouer au dur, mais c’est leur patron qui leur sauver la mise face à des lycéens.
En bref, Teach You a Lesson est un drama qui m’a captivée du début à la fin. J’ai regardé les dix épisodes quasiment d’une traite tant la série réussit à mêler émotion, action, humour et critique sociale sans perdre son efficacité. Les différentes affaires permettent d’aborder de nombreuses problématiques liées au milieu scolaire et aux failles institutionnelles, tandis que le fil rouge autour du trafic de drogue apporte une véritable continuité à l’ensemble. J’ai particulièrement aimé Na Hwa-jin, aussi impressionnant dans l’action que touchant par sa droiture, son empathie et la douleur qu’il porte. Une série badass, jouissive et profondément humaine qui réussit à être beaucoup plus riche que son simple concept de justicier distribuant des baffes. Bref, une Masterclass comme on en fait rarement.
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