Une série plein gaz, mais qui sent un peu.
Les remakes de films de super-héros sont devenus un genre à part entière au fil des ans. Reboot à grands renforts de CGI, parodie assumée ou hommage appuyé à l'œuvre originale, il existe aujourd'hui mille façons d'aborder ce qui n'est, au fond, qu'une gigantesque machine à cash. Plus personne ne s'attend réellement à voir émerger un chef-d'œuvre avec un énième Spider-Man ou Batman. Mais lorsque Netflix annonce une série inspirée de The Vaporman (Gasu Ningen Dai-Ichigō), film produit par la Toho en 1960, il y a forcément de quoi être intrigué.
Le film original surfait sur le succès de L'Homme invisible et de toute une vague de productions américaines mettant en scène une menace capable de se fondre dans la foule pour frapper anonymement. Une métaphore typique de la Guerre froide, du maccarthysme, de la peur de l'ennemi invisible, de la dénonciation du voisin et de l'espionnage permanent. Toute cette ambiance paranoïaque des années 50 et 60, alimentée par la menace nucléaire, avait déjà trouvé son exutoire au Japon avec Godzilla, autre immense parabole de cette époque.
L'ambiance est d'ailleurs immédiatement posée. Dès les premières minutes, la série adopte un ton volontairement rétro. La musique, omniprésente et grandiloquente, déborde de cordes dramatiques comme dans les bandes originales des Trente Glorieuses. Des héros sans peur, ou presque sans reproche, se jettent tête baissée dans le danger, avec une mention spéciale pour la journaliste incarnée par Aoi Yu qui affronte aussi bien les yakuza, sa rédaction, la police que le Gasu Ningen, (j'adore ce nom) .
Le "too much" devient la règle à chaque épisode, quitte à fatiguer le spectateur. Comme dans tout bon nanar, on retrouve des expérimentations sur des enfants dans un orphelinat tenu par des Naz... pardon, par des yakuza à la fin des années 60, heu non, 90. Une société secrète, évidemment. Un savant fou, évidemment. Et bien sûr, le duo comique C-3PO / R2-D2 des années 2020, incarné comme il se doit par deux influenceurs, ou plutôt deux YouTubers puisque nous sommes au Japon. Rien n'a été oublié pour cocher toutes les cases du parfait film de série B.
Présentée comme une sombre histoire de super-héros, la série recycle pourtant un scénario vu un millier de fois, et ce ne sont pas les scénaristes coréens embauché pour l'occasion qui parviennent réellement à lui insuffler une véritable personnalité. Les deux premiers épisodes sont particulièrement poussifs, avec une apparition triomphale du Gazu Ningen dans les cinq dernières minutes, histoire de justifier les millions investis par Netflix dans des effets spéciaux et des cascades, plutôt réussis, d'ailleurs.
La quasi-disparition du personnage dans les épisodes suivants apporte finalement une véritable bouffée d'air frais à une intrigue qui semblait s'engager sur une voie particulièrement nauséabonde. Entre le traditionnel savant fou finalement repenti et des yakuza plus caricaturaux que jamais, difficile de trouver de quoi s'enthousiasmer. Le troisième épisode, réduit à une petite demi-heure, merci Netflix pour ces formats toujours aussi frustrants, m'a même donné envie d'abandonner la série, malgré la promesse de retrouver Hirose Suzu, aperçue à peine trente secondes dans le premier épisode.
Et pourtant...
Je lance le quatrième épisode sans la moindre attente... et là, tout explose.
Je ne sais pas si les scénaristes n'ont été embauchés qu'à partir de celui-ci, mais en mettant presque totalement de côté le journaliste et le policier pour enfin se concentrer sur nos deux influenceurs, la série livre cinquante minutes d'anthologie complètement "What the Fuck".
Les références à la pop culture japonaise s'enchaînent avec une irrévérence jubilatoire et un troisième degré permanent. Entre un réalisateur complètement barré, un groupe d'idoles, les Dream Succub, encore plus Phantom Siita que l'originale, des bars à hôtes improbables, des maquillages volontairement excessifs et une galerie de personnages toujours plus absurdes, tout est objectivement mauvais... mais tout frôle paradoxalement le génie.
Mention spéciale à Hayashi Kento, qui connaît manifestement très bien l'univers des idols et pour cause, et qui, dirigé par un réalisateur assumant pleinement son amour de la série B, livre probablement l'une de ses prestations les plus déjantées. Quant à Hirose Suzu, elle retrouve enfin un souffle de fraîcheur dans son jeu, une fantaisie qu'on ne lui avait plus vraiment vue depuis longtemps. Impossible également de ne pas sourire devant cette référence évidente à Elephant Man, dont le maquillage donne finalement au personnage un air plus attendrissant que véritablement monstrueux.
La Toho a toujours assumé pleinement ses productions. De Godzilla à Ultraman, en passant par toute la galaxie des tokusatsu qu'elle a produits, le studio n'a jamais cherché à occidentaliser ses œuvres pour les rendre plus digestes auprès du public étranger, et ce malgré le succès mondial des Power Rangers.
Cette adaptation prouve qu'à l'heure où Netflix finance de plus en plus de productions japonaises destinées à un public international, il est encore possible de préserver une véritable identité culturelle. Derrière ses effets spéciaux, son humour absurde et son héros qui produit bien trop de... gaz, la série reste profondément japonaise. Elle ne cherche jamais à renier ses racines, préférant célébrer avec beaucoup d'autodérision cet héritage si particulier du cinéma populaire nippon.
Et finalement, c'est peut-être là sa plus grande réussite.
Le film original surfait sur le succès de L'Homme invisible et de toute une vague de productions américaines mettant en scène une menace capable de se fondre dans la foule pour frapper anonymement. Une métaphore typique de la Guerre froide, du maccarthysme, de la peur de l'ennemi invisible, de la dénonciation du voisin et de l'espionnage permanent. Toute cette ambiance paranoïaque des années 50 et 60, alimentée par la menace nucléaire, avait déjà trouvé son exutoire au Japon avec Godzilla, autre immense parabole de cette époque.
L'ambiance est d'ailleurs immédiatement posée. Dès les premières minutes, la série adopte un ton volontairement rétro. La musique, omniprésente et grandiloquente, déborde de cordes dramatiques comme dans les bandes originales des Trente Glorieuses. Des héros sans peur, ou presque sans reproche, se jettent tête baissée dans le danger, avec une mention spéciale pour la journaliste incarnée par Aoi Yu qui affronte aussi bien les yakuza, sa rédaction, la police que le Gasu Ningen, (j'adore ce nom) .
Le "too much" devient la règle à chaque épisode, quitte à fatiguer le spectateur. Comme dans tout bon nanar, on retrouve des expérimentations sur des enfants dans un orphelinat tenu par des Naz... pardon, par des yakuza à la fin des années 60, heu non, 90. Une société secrète, évidemment. Un savant fou, évidemment. Et bien sûr, le duo comique C-3PO / R2-D2 des années 2020, incarné comme il se doit par deux influenceurs, ou plutôt deux YouTubers puisque nous sommes au Japon. Rien n'a été oublié pour cocher toutes les cases du parfait film de série B.
Présentée comme une sombre histoire de super-héros, la série recycle pourtant un scénario vu un millier de fois, et ce ne sont pas les scénaristes coréens embauché pour l'occasion qui parviennent réellement à lui insuffler une véritable personnalité. Les deux premiers épisodes sont particulièrement poussifs, avec une apparition triomphale du Gazu Ningen dans les cinq dernières minutes, histoire de justifier les millions investis par Netflix dans des effets spéciaux et des cascades, plutôt réussis, d'ailleurs.
La quasi-disparition du personnage dans les épisodes suivants apporte finalement une véritable bouffée d'air frais à une intrigue qui semblait s'engager sur une voie particulièrement nauséabonde. Entre le traditionnel savant fou finalement repenti et des yakuza plus caricaturaux que jamais, difficile de trouver de quoi s'enthousiasmer. Le troisième épisode, réduit à une petite demi-heure, merci Netflix pour ces formats toujours aussi frustrants, m'a même donné envie d'abandonner la série, malgré la promesse de retrouver Hirose Suzu, aperçue à peine trente secondes dans le premier épisode.
Et pourtant...
Je lance le quatrième épisode sans la moindre attente... et là, tout explose.
Je ne sais pas si les scénaristes n'ont été embauchés qu'à partir de celui-ci, mais en mettant presque totalement de côté le journaliste et le policier pour enfin se concentrer sur nos deux influenceurs, la série livre cinquante minutes d'anthologie complètement "What the Fuck".
Les références à la pop culture japonaise s'enchaînent avec une irrévérence jubilatoire et un troisième degré permanent. Entre un réalisateur complètement barré, un groupe d'idoles, les Dream Succub, encore plus Phantom Siita que l'originale, des bars à hôtes improbables, des maquillages volontairement excessifs et une galerie de personnages toujours plus absurdes, tout est objectivement mauvais... mais tout frôle paradoxalement le génie.
Mention spéciale à Hayashi Kento, qui connaît manifestement très bien l'univers des idols et pour cause, et qui, dirigé par un réalisateur assumant pleinement son amour de la série B, livre probablement l'une de ses prestations les plus déjantées. Quant à Hirose Suzu, elle retrouve enfin un souffle de fraîcheur dans son jeu, une fantaisie qu'on ne lui avait plus vraiment vue depuis longtemps. Impossible également de ne pas sourire devant cette référence évidente à Elephant Man, dont le maquillage donne finalement au personnage un air plus attendrissant que véritablement monstrueux.
La Toho a toujours assumé pleinement ses productions. De Godzilla à Ultraman, en passant par toute la galaxie des tokusatsu qu'elle a produits, le studio n'a jamais cherché à occidentaliser ses œuvres pour les rendre plus digestes auprès du public étranger, et ce malgré le succès mondial des Power Rangers.
Cette adaptation prouve qu'à l'heure où Netflix finance de plus en plus de productions japonaises destinées à un public international, il est encore possible de préserver une véritable identité culturelle. Derrière ses effets spéciaux, son humour absurde et son héros qui produit bien trop de... gaz, la série reste profondément japonaise. Elle ne cherche jamais à renier ses racines, préférant célébrer avec beaucoup d'autodérision cet héritage si particulier du cinéma populaire nippon.
Et finalement, c'est peut-être là sa plus grande réussite.
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